Auteur :
Pierre-Clément Cazon
Directeur de la publication
Assassin’s Creed Black Flag Resynced part avec un réel avantage : le jeu de 2013 reste l’un des épisodes les plus faciles à recommander de toute la série. Son monde de pirates, Edward Kenway, la progression du Jackdaw, les chants de marins, les abordages et l’alternance entre infiltration, combat, navigation et exploration fonctionnent encore très bien. Le remake ne devait donc pas sauver un jeu injouable. Il devait justifier l’idée de racheter un classique qui, même aujourd’hui, conserve une vraie tenue.
Après notre test, la réponse est moins tranchée qu’un simple oui ou non. Black Flag Resynced est plus beau, plus souple dans l’infiltration, plus confortable dans le parkour et suffisamment modernisé pour parler à un joueur actuel. Il est aussi plus cher que l’ancien repère 50 / 60 € de l’original, plus lourd à installer, parfois moins élégant dans ses combats, et amputé d’un pan narratif qui liait Black Flag au reste d’Assassin’s Creed. C’est un bon remake, mais pas le cas évident d’un jeu qui avait absolument besoin d’être reconstruit.
Le bond visuel est le changement le plus immédiat. Ubisoft a rebâti Resynced sur la dernière évolution du moteur Anvil, avec éclairage ray traced, matériaux plus détaillés, rendu de l’eau modernisé, météo dynamique et assets retravaillés. En jeu, cela se voit surtout dans les Caraïbes : végétation plus dense, couleurs plus riches, mer plus crédible, villes plus lisibles, panoramas plus généreux. La direction artistique de Black Flag était déjà l’une de ses grandes forces ; elle profite ici d’une couche technique qui lui rend justice sans transformer l’identité du jeu.
Le besoin de stockage augmente nettement. Ubisoft annonce 65 Go sur PC avec SSD requis pour Resynced, contre 30 Go pour la version 2013 sur sa boutique. L’écart reste toutefois contenu pour un remake moderne, surtout avec un open world reconstruit autour de textures plus détaillées, d’un éclairage modernisé et d’un rendu de l’eau remis au goût du jour.
La Standard Edition est affichée à 59,99 €, et la Deluxe Edition à 69,99 €. Pour un jeu neuf en 2026, le tarif standard reste défendable ; pour un remake d’un épisode encore jouable, il se discute davantage. Black Flag n’avait pas les contrôles aussi datés du premier Assassin’s Creed, ni une structure qui nécessitait absolument une reconstruction profonde.
La meilleure évolution concerne l’infiltration. Resynced donne plus de marge au joueur, sans rendre les gardes absurdes. Les approches sont moins rigides, les phases autrefois très balisées respirent davantage, et l’IA repère mieux Edward à distance. Les ennemis abandonnent moins vite leurs recherches, se déplacent plus vite et imposent une lecture plus attentive de l’espace. Le remake ne transforme pas Black Flag en pur jeu d’infiltration systémique, mais il corrige une partie de la raideur qui vieillissait le plus mal.
Le parkour profite aussi d’un vrai travail de confort. Les anciens Assassin’s Creed pouvaient frustrer par des sauts mal interprétés, des accroches imprécises ou des trajectoires que le joueur ne demandait pas vraiment. Resynced garde la verticalité et le rythme de Black Flag, mais les contrôles répondent mieux. Les villes et les navires restent agréables à traverser, avec moins de petites luttes contre l’interface.
La boucle générale conserve alors ce qui faisait la force de l’original. On infiltre un camp, on vole des ressources, on repart en mer, on attaque un navire, on améliore le Jackdaw, puis on retourne explorer une île ou avancer dans l’histoire. Cette alternance donne encore un vrai sentiment de progression. Les améliorations du bateau restent nettement plus satisfaisantes que le craft d’équipement personnel, qui repose toujours sur une chasse aux peaux d’animaux assez laborieuse.
Le système de combat change suffisamment pour ne pas donner l’impression d’un simple lifting. Les parades timées, les options supplémentaires et une lecture un peu plus tactique des affrontements apportent de la fraîcheur. Les combats demandent plus d’attention que dans l’original, où Edward pouvait souvent enchaîner les exécutions avec une fluidité très spectaculaire.
Cette modernisation a un coût. Le combat paraît moins cinématographique, moins chorégraphié, parfois moins organique. Il gagne en structure ce qu’il perd en panache. Le résultat fonctionne, mais il ne remplace pas complètement le plaisir de l’ancien système pour ceux qui aimaient son côté film de cape et d’épée permanent.
En mer, le bilan est plus irrégulier. Le gameplay naval reste l’un des piliers du jeu, avec un Jackdaw que l’on prend plaisir à améliorer au fil des pillages. Le système hérité d’Assassin’s Creed III prend ici toute son ampleur, comme dans l’original. Notre session a toutefois montré des comportements ennemis discutables : certains navires semblent capables de changer brutalement de direction, presque à angle droit, et les contrôles du Jackdaw paraissent plus rigides que dans nos souvenirs de la version de 2013. Rien ne bloque l’aventure, mais ces détails se sentent précisément parce que la navigation reste centrale.
Ubisoft a choisi de retirer la partie moderne de Black Flag. Mécaniquement, ce n’était pas la meilleure portion du jeu original : déplacements lents, bureaux d’Abstergo, séquences proches du walking simulator, rythme cassé entre deux grandes respirations pirates. Sa disparition rend Resynced plus direct, plus fluide, plus centré sur Edward Kenway.
Ce retrait reste dommage. L’histoire moderne d’Assassin’s Creed servait de liant à la série, même quand son exécution était inégale. Black Flag racontait aussi la façon dont Abstergo transformait la mémoire d’Edward en produit culturel. Plutôt que de moderniser cette couche narrative avec de meilleures mécaniques, Resynced la coupe. Le remake devient un meilleur jeu de pirates pour certains joueurs, mais il s’éloigne encore un peu plus de la grande structure Assassin’s Creed.
Cette tension existait déjà en 2013. Black Flag est souvent décrit comme un excellent jeu de pirates et un Assassin’s Creed plus discutable. On n’y incarne pas vraiment un Assassin au départ, et la Confrérie reste longtemps secondaire. Le remake assume encore davantage cette identité. L’aventure principale, les personnages et le fantasme pirate en sortent renforcés ; la place de l’épisode dans la saga, elle, paraît plus détachée.
Notre test a relevé plusieurs petits bugs et glitchs visuels. Aucun n’a bloqué la progression, mais ils rappellent que Resynced n’est pas irréprochable techniquement. La VF nous a aussi semblé décevante, avec un rendu parfois plat ou artificiel. Rien ne permet d’affirmer qu’un doublage par IA a été utilisé ; il faut donc rester sur le constat vérifiable à l’écoute : la version française manque de naturel à plusieurs moments.
La carte reste agréable parce qu’elle a la bonne échelle. Elle est assez vaste pour nourrir l’envie d’exploration, sans donner l’impression de noyer le joueur. Elle garde aussi le travers classique des open worlds Ubisoft de cette période : trop de collectables, trop de petites icônes, trop d’objets secondaires qui existent surtout pour remplir chaque île. Le remake ne corrige pas complètement ce symptôme de design.
Malgré ces réserves, Black Flag Resynced conserve l’essentiel. Les personnages restent attachants, l’histoire principale se suit avec plaisir, la mer donne toujours envie de repartir, et l’univers pirate garde une puissance d’attraction rare dans la série. Le remake améliore assez de choses pour être la version la plus confortable aujourd’hui. Il n’efface pas pour autant l’original, qui demeure étonnamment beau, jouable et cohérent pour un jeu de 2013.
Black Flag Resynced fonctionne parce qu’il respecte la grande force de l’original : sa boucle pirate. Les meilleurs ajouts touchent directement le confort de jeu, l’infiltration, le parkour, l’image et la fluidité générale. Les choix plus discutables concernent le prix, la partie moderne supprimée, la rigidité perçue du navire et un combat qui modernise sans retrouver toute la mise en scène de 2013.
Le choix d’Ubisoft est stratégique. Refaire Black Flag, c’est miser sur un épisode immédiatement identifiable, très associé à la promesse pirate de la série. Refaire Assassin’s Creed premier du nom aurait sans doute eu plus de sens patrimonial et ludique, tant son design a vieilli, mais le potentiel commercial de Black Flag est plus évident. Si Ubisoft poursuit cette logique, Assassin’s Creed II ou toute la trilogie Ezio apparaissent comme les candidats les plus naturels : très aimés, très identifiables, et suffisamment anciens pour bénéficier d’un vrai chantier de modernisation.
| Critère | PC | PS5 |
| Confort technique | La version PC est la plus modulable. Ubisoft annonce plusieurs profils jusqu’à la 4K Ultra à 60 FPS, avec SSD obligatoire et 65 Go d’espace. | La version PS5 vise une expérience plus simple, avec un mode 60 FPS confirmé par Ubisoft et une compatibilité PS5 Pro. |
| Réglages | Meilleur choix pour ajuster rendu, performance et upscaling selon la machine. | Meilleur choix pour jouer sans réglages lourds, avec une qualité plus prévisible. |
| Prix | La Standard Edition est affichée à 59,99 € sur Ubisoft Store, avec accès via Ubisoft Connect, Steam et Epic Games Store selon les boutiques. | Le tarif est aligné sur le positionnement console du remake, avec Standard et Deluxe disponibles sur PlayStation Store. |
| Usage recommandé | À privilégier si vous avez une bonne configuration, un écran 1440p ou 4K, ou si vous voulez régler finement l’image. | À privilégier si vous voulez une version stable, simple et centrée salon, sans vous soucier des presets. |
Le PC est le meilleur choix pour tirer le plus loin la refonte visuelle, à condition d’avoir une configuration solide. La PS5 est le choix le plus évident pour ceux qui veulent retrouver Black Flag sans paramétrage, avec une expérience moderne et directe. Dans les deux cas, le vrai arbitrage reste le même : Resynced vaut surtout pour ceux qui veulent rejouer à Black Flag dans de meilleures conditions, pas pour ceux qui attendent une réinvention totale.
Crédit image : Ubisoft.
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